Bretagne, Mussolini, Vatican, Elysée : le hévoud, un symbole aryen ?

Le hevoud

Dans mon étude précédente(1), en me basant sur des vieilles photos et d’un article dans le journal Ouest-Eclair, j’ai pu montrer que l’histoire du « Gwenn Ha Du » avait été réécrite par les autonomistes bretons. Ainsi, à la différence de ce qui est dit (y compris dans les plus vieilles références), le drapeau n’a jamais été présenté officiellement à Paris en 1925 au « Pavillon de la Bretagne » des Arts Décoratifs. Il n’a pas non plus été choisi pour représenter la Bretagne en 1937 à l’Exposition Internationale de Paris, mais son exposition fût plutôt une usurpation contre l’avis de la majorité des bretons. Bref il existe un postulat qui dit que lorsque le passé est revisité c’est qu’il y a une vérité cachée qui ne peut être dite… mais laquelle ?

Dans mon dernier article, j’avais convié les lecteurs à faire des recherches sur la toile pour découvrir cette nature. Ici, je vais vous présenter une autre facette que les séparatistes bretons essaient de vous cacher… Cet article n’est que le début d’une série pour le plus grand « plaisir » de certains et certaines…

Chapître 3 : Quelle est la vérité cachée concernant le Gwen Ha Du ?

Quelle est la vraie histoire du « Gwenn Ha Du » ? Pour aborder cette question, il faut se souvenir d’un autre symbole fort des autonomistes bretons : le hévoud, symbole appelé aussi croix gammée bretonne.

 » A la suite d’une question de M. EL KANTARA qui s’étonnait d’un nouveau symbole (« L’Intermédiaire des chercheurs et curieux », 1928, (2)), plusieurs réponses méritent d’être analysées comme celle de P. LADMIRAULT et du docteur S. TARA (vol. 92, 1929, (3)) qui confirment que l’insigne des autonomistes étaient bel et bien une croix gammée :

Nous recevons la lettre suivante :
Monsieur,
Nous sommes au regret de contredire Le HONNEC :
a) L’insigne des auto(no)mistes bretons est la croix gammée et nous tenons un insigne à sa disposition ;
b) Le drapeau breton est « l’agrandissement » de l’écu de Bretagne : d’argent aux hermines de sable sans nombre ;
c) Le drapeau des autonomistes est constitué par des bandes alternativement noires et blanches ; en haut et à gauche, le long de la hampe, l’écu de Bretagne ;
… »

En sachant que l’un des deux auteurs est un « farouche autonomiste », cet article est l’un des nombreux témoignages qui associent la croix gammée des autonomistes bretons au Gwenn Ha Du. Cette croix gammée apparut d’abord dans la revue de Breiz Atao à partir du numéro 74 de Février 1925 (4). Elle apparut rapidement aussi lors des manifestations comme insigne portée par les militants (Ouest-Eclair du 16 Avril 1925 (5)) : « Plusieurs jeunes de Breiz Atao arboraient l’insigne du Cercle Celtique ». La croix gammée étant un symbole du nazisme, les autonomistes bretons étaient-ils alors des adeptes nazis ?

A cette question, Olier MORDREL et Morgan LEBESQUE confirment le choix de la croix gammée bretonne mais principalement en tant que symbole celtique. Elle avait été ensuite abandonnée à la fin des années 1920 pour ne pas la confondre avec celle des nazis allemands.
– Olier MORDREL : « Un parti national s’est fondé à Rosporden. Il a adopté un drapeau noir et blanc, inspiré du blason de nos anciens ducs, arborant un champ d’hermines sans nombre et neuf bandes, cinq noires pour les cinq évêchés de la Haute-Bretagne et quatre blanches pour ceux de la Basse. Il a choisi un insigne parmi les symboles magiques des vieux Celtes, le hévoud, qui n’est pas autre chose qu’une croix gammée, mais qui, au lieu de tourner dans le sens maléfique, tourne à droite, dans le sens bénéfique. » (6)
– Morvan LEBESQUE : « En 1923, donc bien avant que le public français eût entendu parler d’un agitateur allemand nommé Hitler, Breiz Atao avait choisi pour insigne l’hevoud celtique, symbole d’union et de paix en forme de croix gammée ; dès 1929, lorsque les premiers drapeaux nazis apparurent sur les écrans de l’actualité, il se hâta de le changer ». (7)

Cette remarque d’une origine celtique est aussi confirmée par M. Lohennec qui, grâce à « une jeune et charmante Cornouaillaise qui porte avec beaucoup de grâce et de distinction le costume de ses aïeuls », eu la même confirmation. Cependant son témoin reconnaissait que, pour elle, « son sens reste mystérieux ». Quant à l’auteur, lui-même, il ne connaissait pas ce symbole malgré le fait qu’il soit un lecteur assidu du journal Breiz Atao : « Je ne connaissai(s) d’autre emblème breton comportant des lignes (non brisées, à vrai dire), que l’emblème bardique décrit XCI, 892, et, dans ma naïveté, je prenais pour un simple motif de décoration la figure « talismanique » du titre Breiz-Atao mensuel. Cette figure a d’ailleurs disparu de celui de l’actuel Breiz-Atao hebdomadaire ». (8)

Les principaux témoins ne connaissaient pas le vrai sens de ce symbole. Et cette méconnaissance infirme plutôt l’hypothèse d’une origine celtique. Autre point, pour un symbole ancien, la première référence au mot « hevoud » apparaît dans le dictionnaire de M. Vallée édité en 1931, dictionnaire dans lequel sa traduction est le « bien-être » (9). Avant la première guerre mondiale, ce symbole purement celtique n’existait pas et, après 1945, elle disparut discrètement. Nous ne pouvons donc pas parler de swastika celtique, remarque identique à ce que pensait M. MARCEL BAUDOUIN en 1927 (10):

« Insigne des autonomistes bretons – Il est exact que le swastika (et non la malgré tous les auteurs), bien connu des préhistoriens, a été employé par les bretons comme insigne. Je l’ai constaté moi-même.
Mais en choisissant ce symbole, ils ont commis une grosse erreur archéologique. Le swastika n’a rien de breton ; et, à l’heure présente, je n’en connais pas un seul exemple, de l’âge de la pierre polie, en Bretagne. On ne doit donc pas parler de swastika celtique !
… »
Autre temps, autre lieu, d’après Michel NICOLAS (11), la scission en 1931 du Parti Autonome Breton en 2 partis (le PNB et les fédéralistes) avait permis de clarifier la position des deux camps et de distinguer les bons (M. Marchal et Duhamel) des méchants qui basculeront dans le nazisme. Ce qui est d’abord surprenant c’est que dans la revue « Bretagne Fédérale » soi-disant de gauche, l’antisémitisme était une valeur omniprésente. De plus, grâce au témoignage de M. LOHENNEC, en 1929, bien avant la scission, nous pouvons constater que les nouveaux adhérents autonomistes s’engageaient à ne reconnaître qu’une seule et unique nationalité : celle bretonne. Si les autonomistes étaient réellement des autonomistes, ils seraient de facto multi-nationaux : bretons + français. Nous pouvons conclure que le mot « autonomie » pour les militants PAB n’était qu’une dissimulation de la véritable nature du parti : le séparatisme. Dernière remarque, l’article de M. DUHAMEL dans la « Bretagne Fédérale » montre que la principale divergence entre les deux camps ne se situe pas au niveau des relations avec l’état français mais avec l’Europe. Leur différence me rappelle celle entre Marine Le PEN et son père, entre une France souveraine et une Europe des Nations. Ainsi, malgré l’éclatement en 1931, les deux groupes sont d’abord et avant tout des mouvements séparatistes.

En 1931, lors des commémorations de St-Aubin des cormiers, les « séparatistes fascistes» du Parti National Breton affichaient une croix gammée. Dans la « Bretagne Fédérale », le journal soi-disant de gauche, un auteur (dans le pur style de Morvan MARCHAL d’après Mme MORVAN (12)) expliquait que cette croix gammée n’était pas hitlérienne mais juste antisémite… Mais alors quelle différence y-a-t il entre la croix gammée du PNB en 1931 et celle du PAB en 1925 ?

Survient dans cette liste d’intervenants une explication surprenante de P. LADMIRAULT et docteur S. TARA (13) :
« Monsieur,
L’un de nous, farouche autonomiste breton, l’autre anti-autonomiste, pouvons donner le renseignement demandé par EL KANTARA, n°1690, p.625.
L’insigne des autonomistes bretons est Swastika ou croix gammée, d’origine hindoue, remontant à la plus haute antiquité. C’est le signe du Dieu Agni (voir Inde avant le Bouddha, de Lamairesse, conservateur au musée de Guimet).
… »

Ainsi, d’après ces deux témoins, l’hévoud ne serait pas celtique mais plutôt indo-européen !!! Pour information, à l’époque brahmanique ancienne, AGNI était la divinité du feu (sacrificiel et domestique), divinité représentée avec son tourbillon de feu ou plutôt avec son svastika. Peu de gens connaissent l’origine même du mot « svastika » mais qui, dans notre étude apporte une surprenante vision.

« Svastika », mot d’origine Sanskrit, est composé de « su » et de « asti » qui signifient respectivement « bien » et « être ». « Svasti » exprime tout simplement le « bien-être ». Pour être plus précis, « -ka » est la forme diminutive, ce qui permettrait de traduire littéralement « svastika/swastika » par « les petites choses associées au bien-être » (14). Cette remarque montre donc que l’hévoud (qui veut dire « bien-être ») est bel et bien la traduction bretonne du mot sanscrit. Le choix de ce mot pour traduire le svastika n’est pas anodin et est donc une preuve d’une conception indo-européenne. Savez-vous qu’avant 1945, le mot indo-européen était plutôt connu sous les termes d’indo-germanique ou plutôt d’aryen !!!

Nota Bene : Aryen vient du mot sanscrit Arya qui veut dire « Noble » ou « Sage ».

Breiz Atao était-il alors un groupe indo-européen ou un groupe aryen ? Cette distinction est importante car tous les indo-européens ne sont pas forcément des aryens. Les preuves historiques publiées par Pierrick Le Guen présentent ce groupuscule comme un réseau fasciste qui prônait supériorité des races nordique(15)… Nous pouvons logiquement penser que les séparatistes bretons étaient de vrais aryens avec les mêmes idéaux que ceux des nazis.

Antisémite, Aryen, laissons parler Hitler qui adopta aussi la croix gammée et qui, dans « Mein kampf » (16) disait : « Nationaux-socialistes, nous voyons dans notre drapeau notre programme. Dans le rouge, nous voyons l’idée sociale ; dans le blanc, l’idée nationale ; dans la croix gammée, la mission de lutter pour le triomphe de l’Aryen ». Le 13 août 1920, cet orateur funeste, devant des auditeurs de Hofbraühaus, s’étendait sur la signification de la croix gammée. Selon lui, quand les aryens du Nord étaient descendus vers le Sud et s’étaient dispersés, ils avaient gardé le symbole du Soleil. Dans une autre intervention, le führer expliquait que les aryens ont exportés cette croix gammée jusqu’au Japon (17). Dans les années 1930, il existait une organisation terroriste japonaise qui s’appelait « croix gammée ». De même, il existait une organisation terroriste en Bretagne qui s’appelait tout simplement « gwenn ha du »…

Suite à cette étude, pouvons-nous mettre en doute la pertinence de l’ensemble de ces propos échangés entre les différents intervenants ? Pour les plus sceptiques, voici une explication donnée par la jeune « jeune et charmante Cornouaillaise » pour expliquer partiellement les couleurs du Gwenn Ha Du : « Le drapeau déployé à Chateaulin n’est pas le drapeau breton. Celui-ci comporte, sur fond blanc, un semis de mouchetures d’hermines sans nombre. Quant à l’autre, c’est l’étendard du parti autonomiste breton. Il se lirait, en termes héraldiques, fascé d’argent et de sable, au franc-canton d’hermines. Les bandes horizontales blanches correspondent aux 4 pays bretons qui ont conservé leur langue : Bro-Léon (le Léon) , Bro-Gernew (la Cornouaille), Bro-Degner (le Tréguier), ro-Wened (le Vannetais). Les bandes noires symbolisent les 4 pays en deuil de leur idiome national : Penteur (le Penthièvre), Bro Sant Malo La Dol (le pays de St Malo et de Dol), Bro Roazon (le pays de Rennes), enfin Bro-Naoned (le pays de Nantes) » (18). Ainsi le Noir symbolise le deuil : le deuil de la langue soi-disant perdue.

La langue gallo étant une hérésie depuis le début, il est normal que les bas-bretonnants ne veulent toujours pas de Nàntt à l’entrée de notre ville romane et imposent Naoned avec pour objectif de réécrire l’histoire de notre pays. En tout cas, il est curieux que cette explication des couleurs soit absente de Wikipedia !!! Sur ce site, il y est question plutôt d’une pâle copie du blason de Rennes…

Autre point, dans le journal Breiz Atao (19), il est écrit que le Blanc est la couleur de la pureté… Pureté des races aryennes… Serait-ce la raison pour laquelle les nazis et les séparatistes bretons l’ont choisie pour symboliser leur peuple ? Je lance donc officiellement le débat…

Avant de conclure, voici l’histoire surprenante de Jean-Claude MONET racontée par Cyril Le Tallec dans « Les sectes ufologiques : 1950-1980 » : « Il était né, en 1938, dans la Sarre, et son PNSOF semblait être une résurgence directe d’un pseudo-mouvement nazi à la française… Sous la pression d’autonomistes bretons, le groupe devint une organisation druidique néo-païenne sous le nom, en langue bretonne, de Breuziezh An Hevoud (càd Fraternité de l’hévoud)… En effet, monsieur MONET avait parfaitement compris que notre riche patrimoine celtique nous influençait et nous marquait… ». No comment… (20) (21)

En 2007, Pierrick LE GUEN se posait la question si le drapeau avait réellement des relents de fascisme nordique et si oui, a-t-il le droit de flotter devant nos institutions démocratiques ? Pour moi, la question est plutôt de savoir si oui ou non le Gwenn Ha du est un drapeau aryen. Et si oui, comment des aryens ont pu réussir à imposer leur symbole à toute la Bretagne démocratique ? Peut-être que la folie aryenne a gangréné l’élite bretonne ? Il est intéressant de noter qu’un ex-ministre de l’intérieur parlait sans gêne de la supériorité de notre civilisation occidentale !!!
Les 17 députés de l’assemblée (François de Rugy, Marc Le Fur, M. Lebranchu, …) qui avaient voté le texte pour la réunification de la Loire-atlantique à la Bretagne (ou plutôt la tentative d’annexion du 44 par la Bretagne) pourraient nous lire leur drapeau comme l’a fait Hitler dans « mein Kampf ».
1. http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2011/06/13/2522210_bretagne-mussolini-vatican-sarkozy-chapitre-i-et-ii-l-identite-de-la-bretagne-a-t-elle-ete-faconnee-par-les-autonomistes-bretons.html
2. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k734487/f327.image
3. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k734487/f433.image
4. Breiz Atao, N° 74, Février 1925, p524 et 534
5. Ouest-Eclair, 16 Avril 1925
6. « Breiz Atao, histoire et actualité du nationalisme breton », Olier Mordrel, 1973 ; cité dans Hopala, « Blanche hermine, noir drapeau », Françoise Morvan, juin 1999 ; accessible sur Internet : http://membres.lycos.fr/leguenne/documents/gwen_ha_du.htm
7. « Comment peut-on être Breton », Morvan Lebesque, p. 162, 1970
8. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k73449k/f66.image
9. définition de Hevoud : http://br.wiktionary.org/wiki/hevoud
10. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k73449k/f114.image
11. « Histoire du mouvement breton », par Michel Nicolas, 1982.
12. « Le monde comme si : nationalisme et dérive identitaire en Bretagne », Françoise MORVAN, Actes SUD, 2002.
13. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k734487/f433.image
14. http://compilhistoire.pagesperso-orange.fr/vedisme.htm
15. Pierrik Le Guen, http://membres.multimania.fr/urnantes/Cadres%20Dossiers%20en%20Ligne/Dossiers_en_ligne/Republique%20et%20communautarismes/gwen_ha_du/gwenn_ha_du.pdf
16. « Mein kampf », Hitler
17. HamanBrigitte, « Vienne au temps de Hitler », Edition des QSyrtes, 1998
18. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k73449k/f66.image
19. Pierrik Le Guen, http://membres.multimania.fr/urnantes/Cadres%20Dossiers%20en%20Ligne/Dossiers_en_ligne/Republique%20et%20communautarismes/gwen_ha_du/gwenn_ha_du.pdf
20. « Les sectes ufologiques: 1950-1980 », par Cyril Le Tallec
21. « Mouvements et sectes néo-druidiques en France: 1935-1970 », par Cyril Le Tallec
22. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k73449k/f24.image